Les médecines traditionnelles sont à la mode en occident et il est bon de se demander pourquoi.
La médecine moderne est souvent trop rationnelle et coupée de ses bases traditionnelles reniées depuis plus d'un siècle. Elle a réinventé de nouvelles règles de soins avec de réelles avancées, mais aussi des limites venues de l'impossibilité où elle setrouve de prendre en compte la part irrationnelle de l'homme.
En rejetant l’acquis accumulé pendant des millénaires par la médecine traditionnelle, le médecin occidental a rejeté du même coup le facteur humain de la santé. Si l'adage « Mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain) est exact, sa réciproque l'est plus encore.
En effet, si on y regarde bien, un grand nombre de nos maladies vient plus de notre mental que de notre corps physique. Même une maladie infectieuse comme la grippe s'installera mieux dans un corps soumis au stress de la peur du lendemain.
Les médecines traditionnelles orientales ont survécu jusqu'à nos jours dans leur forme la plus pure : la transmission « maître - élève », seule mode d'enseignement permettant une évolution dans la continuité, génération après génération. On voit bien la richesse de cette formation élitiste dans le compagnonnage encore vivant chez nous. Aucun cours magistral, aucun bachotage ne permettra jamais une telle qualité d'enseignement.
Au centre de ces systèmes de soins, la plante médicinale est utilisée largement aussi bien en diététique journalière (la diététique du Tao par exemple) qu'en soin ponctuel (phytothérapie) mais aussi dans les massages avec les huiles et les huiles essentielles, les moxas et les fumigations. Les plantes sont omniprésentes et utilisées à bon escient.
Parfois, en occident nous faisons de la médecine traditionnelle sans le savoir. Les épices que nous utilisons quotidiennement viennent de cette médecine traditionnelle européenne telle que Sainte Hildegarde par exemple l'a décrite en son temps. Nous utilisons sans savoir pourquoi le thym, le poivre, la cannelle ou le gingembre au petit bonheur pour le goût alors même qu'il faudrait les adapter à nos besoins au jour le jour. La diététique traditionnelle replace chaque épice et chaque plante dans son contexte et nous invitera à utiliser celle qui convient au bon moment pour restaurer l'équilibre de notre santé.
On ne mange pas la même chose en cas de poussée fébrile que les jours de grand froid. Ces jours là, des plantes rafraichissantes comme la menthe seront plus utiles que le poivre ou la cannelle.En banalisant la maladie, l'occident a oublié de penser à la préservation quotidienne de la santé. Les médecines traditionnelles en avaient fait la règle parce qu'une maladie déclarée laissait peu de place à la guérison. Il était essentiel alors d'éviter de tomber malade et des soins prenant en compte toute la personne (corps et esprit) étaient établis. On retrouve cela dans toutes les civilisations. On les appelait les diathèses, les tempéraments ou le terrain. Chacun a un tempérament type défini dès la naissance, mais au fil du temps il peut y avoir des variations liées aux évènements extérieurs.
La tradition, c'est la continuité du passé vers l'avenir, c'est la prise en compte de l'expérience acquise par l'humanité depuis quelques millions d'années (au moins) acceptée, comprise et transmise dans le cadre du présent. En effet, si l'écrit fige la transmission au moment où il est couché sur le papier, il devient vite obsolète ou contraignant et inadapté. L'oral s'inscrit dans la compréhension immédiate, dans le présent toujours en évolution. Il n'y a jamais de rupture, mais une adaptation continue. C'est là la force de la tradition. Dès qu'il y a codification et mise par écrit, c'est la sclérose et la fin de cette force de vie.
Nous avons perdu cette tradition, mais la voie du TAO par exemple, qui inclut une philosophie de vie, une religion et une méthode de soin se rapproche énormément de la recherche de la pierre philosophale des Alchimistes en ceci qu'elles prennent directement leurs sources dans la Grande Tradition Primordiale de toute l'Humanité.
« Sur la Voie [Dào], il n'y a aucune question à poser, aucune réponse à donner. celui qui pose malgrécela des questions, pose des questions spécieuses, et celui qui répond quand même se place horsd'elle. Celui qui se place en dehors pour répondre à des questions spécieuses, celui-là ne verra pasl'univers qui est autour de lui, il ne connaîtra pas la grande Source qui est au dedans ».(Tchwang-Tseu).
Pour l'Alchimiste comme pour le Taoïste, c'est la recherche de la pierre caché au fond de nous qui est la quête. La diététique du Tao est donc une diététique du bon sens. Elle n'est pas figée dans le temps ni dansl'espace, elle s'adapte. Elle va beaucoup plus loin que les grands principes rigides et mécaniques comme nous les connaissons en occident (5 fruits ou légumes par jour...).
L'Europe a un long chemin à faire pour retrouver l'équilibre rompu entre ses remèdes de bonne femme et sa médecine scientifique désincarnée. Attention, quand je dis « bonne femme » il faut entendre bonne fame, du latin fama qui signifie réputation.
Ce sont nos recettes perdues et qui permettaient à chaque famille de conserver une meilleure santé avec les « mauvaises herbes » du jardin.
Il est temps de penser à créer un nouveau cadre juridique pour tous ces « compléments alimentaires » qui ne sont plus des aliments, mais pas encore des médicaments au sens juridique.